Pour un grand moment de beaufitude alimentaire (je n’ose pas dire gastronomique), je vous propose le restaurant ‘Le Bretagne’ sis au 13 rue du Champ de Mars, à
Ixelles.
Sur Mars, c’est à peu près où nous pensions avoir atterri ce midi… grand chef et moi, dès le seuil franchi. Nous nous attendions à une crêperie bretonne, et en
étions à des années lumières.
Car le Bretagne n’est pas qu’une crêperie : c’est un vrai restaurant, avec tout ce que cela implique, à savoir intérieur cossu de très mauvais goût, serveur coincé comme on en
fait plus (sauf dans les films français dont l’action se passe juste après guerre -allez, la deuxième, quand même…), carte, nappes, plats d’un classicisme déroutant, et bien entendu public ‘qui
va avec’, c'est-à-dire soit très très âgé, soit très très banquier, soit (comme nous) très très perdu…
Je ne résiste pas à mentionner que nous étions proche d’une table bruyante, ou un délégué technico- commercial de chez ING, affublé d’une chemise jaune canari
mettant bien en valeur son embonpoint de quadra pétri de certitudes, assommait à la fois la tablée et l’entourage de propos grandioses sur la mondialisation, les performances de son team, la
‘vista’ de son chef qui, à n’en pas douter, avait repéré en lui l’élément de choix qui méritait de passer ‘senior’ et en prime, n’en doutons pas, de toucher le jackpot : l’opel vectra de
fonction !
Entre deux tirades, comme tout bon technico-co, il répondait au téléphone, ce qui permettait aux autres personnes de la table d’ingurgiter rapidement quelques
cuillérées de dame blanche sans risquer la tache grave sur la cravate rayée.
Venons-en à l’essentiel dans un resto : le contenu de l’assiette. La carte ne nous inspirant que modérément, nous avons opté pour un menu végétarien
(grand chef) et des croquettes de crevettes suivies d’une crêpe jambon fromage (pour moi).
Le menu végétarien était correct, mais comme souvent, le plat (classique : une lasagne aux légumes) était trop assaisonné. A croire que les chefs (qui ne
doivent pas être végétariens, sinon ils n’auraient sans doute pas choisi ce métier) pensent qu’il faut compenser l’absence de viande ou de poisson par un excès d’épices. Ici, l’idée était bonne,
avec couches d’aubergines, de courgettes, champignons, purée de poivrons entre les feuilles de lasagne, et crème au curry. Mais trop de curry, et trop piquant… ce qui est dommage. L’entrée était
simplissime : salade avec chèvre frais, rien de plus, basique mais bon.
Quant à moi, il fallait vraiment chercher pour trouver une crevette dans l’appareil des croquettes, manifestement faites maison, et au goût correct. Je n’en
dirai pas autant de la crêpe, qui, outre le fait de ne pas être conforme à la commande, était beaucoup trop épaisse, et absolument sans aucun goût (sauf celui de la farine de sarrasin, un peu bob
bof quand omniprésent).
Finalement, épais est sans doute un qualificatif convenant parfaitement à ce resto, dans lequel nous ne mettrons plus les pieds. SI vous décidez de vous y rendre, sachez que seul
un sens aigu de la dérision peut vous faire l’apprécier, à moins que vous ne prospectiez chez ING, et qu’une rencontre fortuite avec quelqu’un de haut placé puisse aider à votre carrière.
Manifestement, notre chemise jaune n’en était pas à sa première visite, et y amène souvent ses meilleurs prospects !
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